18 août 2026

Le 2e trimestre confirme le retour graduel de l’offre immobilière

Le printemps 2026 n’a pas marqué un arrêt du marché immobilier québécois. Il a plutôt confirmé une transition déjà amorcée depuis la fin de 2025 : nombre de transactions à la baisse, propriétés à vendre plus nombreuses et prix encore à la hausse, mais de façon plus modérée.

Pour les acheteurs, ce changement est important. Après plusieurs années de rareté, ils retrouvent progressivement un peu plus de choix. Pour les vendeurs, le marché demeure favorable, mais les conditions sont moins exceptionnelles que l’an dernier.

Le portrait du deuxième trimestre invite donc à la nuance. Le Québec ne bascule pas dans un marché d’acheteurs; il revient plutôt vers une dynamique plus normale, avec de fortes différences d’une région à l’autre.

Un printemps moins effervescent, mais toujours actif

Entre avril et juin 2026, 27 296 ventes résidentielles ont été conclues au Québec par l’entremise des courtiers immobiliers. C’est 5 % de moins qu’à la même période l’an dernier, ce qui représente un troisième trimestre consécutif de recul des transactions.

Ce repli confirme la perte de vitesse anticipée en début d’année. Il ne faut toutefois pas y voir un affaiblissement profond du marché. Le nombre de ventes demeure légèrement supérieur à la moyenne des dix dernières années, signe que l’activité reste soutenue malgré une demande plus prudente.

Comme le résume Charles Brant, directeur du Service de l’analyse de marché de l’APCIQ : « Le marché immobilier résidentiel québécois montre des signes de normalisation. Les ventes sont en baisse, mais elles demeurent à un niveau historiquement solide. Ce qui change surtout, c’est que l’offre revient, ce qui réduit graduellement la pression sur les acheteurs. »

La mi-année 2026 se distingue ainsi moins par un choc que par un changement de rythme. Les ménages n’ont pas déserté le marché, mais ils prennent davantage le temps d’évaluer leur budget, leur financement et le moment opportun pour concrétiser leur projet.

Pourquoi les acheteurs avancent avec plus de prudence

Plusieurs facteurs expliquent cette attitude plus réfléchie. L’abordabilité demeure le premier enjeu, en particulier pour les premiers acheteurs. Même si la croissance des prix ralentit, les valeurs atteintes au cours des dernières années exigent toujours une mise de fonds importante et des versements hypothécaires élevés.

Les acheteurs expérimentés ne sont pas épargnés. De nombreux propriétaires renouvellent en 2026 un prêt contracté pendant la pandémie, à une époque où les taux étaient exceptionnellement bas. Le passage à des taux plus élevés réduit leur marge de manœuvre et limite les projets de vendre leur propriété afin d’en acquérir une nouvelle de gamme supérieure.

Hélène Bégin, économiste-experte à l’APCIQ, rappelle que le contexte économique joue aussi un rôle : « L’emploi à temps plein chez les 25 à 54 ans, qui représente le cœur de la demande résidentielle, a montré des signes de fragilité depuis le début de l’année. À cela s’ajoutent une croissance démographique moins soutenue et un climat d’incertitude économique qui incitent plusieurs ménages à attendre avant de s’engager. »

Le ralentissement n’est donc pas causé par un manque d’intérêt pour la propriété. Il traduit plutôt un arbitrage plus serré des ménages dans un environnement où chaque décision immobilière doit être mieux planifiée.

Le grand changement du trimestre : le retour de l’offre

La donnée la plus révélatrice du printemps n’est peut-être pas la baisse des ventes, mais la progression du nombre de propriétés disponibles.

Au deuxième trimestre, les inscriptions en vigueur sur Centris ont atteint 41 466 propriétés, en hausse de 14 % sur un an. La remontée touche toutes les grandes catégories de propriétés : les copropriétés affichent la progression la plus marquée (+20 %), devant les unifamiliales et les plex (+11 % chacun).

Cette hausse redonne de l’oxygène aux acheteurs. Elle permet de comparer davantage de propriétés, de visiter sans nécessairement se précipiter et, dans certains marchés, de négocier avec un peu plus de marge.

Il faut toutefois garder le bon repère : l’inventaire demeure inférieur à sa moyenne des dix dernières années dans la majorité des marchés québécois. La seule exception notable est la RMR de Montréal, où l’offre dépasse maintenant sa moyenne historique. Le marché se détend, mais un manque de maisons unifamiliales à vendre persiste, alors que la copropriété s’avère en surplus dans les quartiers centraux de l’île.

Des prix qui montent encore, mais moins rapidement

La progression des prix s’est poursuivie au printemps, mais la décélération devient plus visible. Les hausses demeurent présentes, surtout pour les maisons unifamiliales, mais elles ne ressemblent plus aux poussées très rapides observées en 2024 et en 2025.

À l’échelle du Québec, les prix médians du 2e trimestre se présentent ainsi :


Évolution des prix des propriétés au Québec

 Type de propriété

 Prix médian T2 2026

 Variation annuelle

 Maison unifamiliale

 523 250 $

 +5 %

 Copropriété

 405 000 $

 +1 %

 Plex

 690 000 $

 +2 %


Le message est clair : la pression sur les prix n’a pas disparu, mais elle se modère. Les délais de vente confirment aussi que le marché demeure actif. Une unifamiliale s’est vendue en moyenne en 38 jours au Québec, un plex en 43 jours et une copropriété en 46 jours.

La copropriété est le segment où le changement est le plus perceptible. L’offre y augmente plus rapidement, les acheteurs ont davantage de choix et les prix progressent beaucoup plus lentement. Ce mouvement confirme les constats récents de l’APCIQ : la copropriété est souvent le premier segment à se rapprocher d’un meilleur équilibre.

Sept marchés, sept rythmes différents

Les données provinciales donnent la tendance générale, mais elles masquent des réalités régionales très contrastées. Le deuxième trimestre illustre bien cette diversité.

Montréal : La RMR a enregistré 13 365 ventes, en baisse de 7 % depuis un an. L’offre a augmenté de 14 %, avec une poussée marquée des copropriétés. Le rééquilibrage y est plus avancé qu’ailleurs, même si les prix continuent de progresser : +3 % pour les unifamiliales, +1 % pour les copropriétés et +5 % pour les plex.

Québec : Le marché demeure très compétitif. Les ventes ont légèrement progressé (+2 %) et l’offre a enfin rebondi (+19 %), mettant fin à neuf trimestres de recul. Malgré cette amélioration, l’inventaire reste 57 % sous sa moyenne historique, ce qui maintient une forte concurrence entre acheteurs.

Gatineau : La transition est plus nette. Les ventes ont reculé de 15 %, tandis que l’offre a bondi de 30 %. Les conditions se rapprochent de l’équilibre, particulièrement en copropriété, où le prix médian a diminué.

Sherbrooke : Après neuf trimestres de croissance des ventes, le marché change de cap. Les transactions ont diminué de 9 % et l’offre a augmenté de 10 %. Les vendeurs conservent toutefois l’avantage, car l’inventaire demeure inférieur à sa norme historique.

Saguenay : Le marché reste dynamique. Les ventes ont progressé de 3 % et l’offre de 18 %, mais les propriétés disponibles demeurent rares. Cette rareté continue de soutenir les prix, notamment pour les unifamiliales.

Trois-Rivières : La région évolue à contre-courant, avec une hausse de 9 % des ventes. Le segment des plex s’est particulièrement démarqué. Même si l’offre a fortement augmenté, les conditions demeurent serrées.

Drummondville : Le marché ralentit légèrement, avec une baisse de 3 % des ventes et une hausse de 22 % des inscriptions en vigueur. Les acheteurs ont plus de choix, mais les conditions demeurent favorables aux vendeurs, surtout dans l’unifamiliale.

Ce que cela change pour les acheteurs et les vendeurs

Le marché de 2026 exige une lecture plus fine que celui des années de surchauffe. Pour les acheteurs, le retour de l’offre est une bonne nouvelle, mais il ne garantit pas automatiquement une négociation facile. Dans les marchés où l’inventaire demeure faible, les bonnes propriétés continuent de susciter de l’intérêt rapidement.

Pour les vendeurs, la stratégie devient plus importante. Le prix demandé doit être réaliste, surtout dans les segments où l’offre augmente rapidement. Une propriété bien positionnée dès le départ continue de se vendre dans des délais courts; une propriété avec un prix initial surévalué risque toutefois de rester plus longtemps sur le marché qu’au cours des dernières années.

Le mot d’ordre n’est donc plus simplement la rapidité. C’est l’ajustement. Ajustement des attentes, du prix, du financement, des critères de recherche et du calendrier de décision.

Perspectives 2026 : un atterrissage en douceur

Les perspectives révisées de l’APCIQ s’inscrivent dans cette logique. Pour l’ensemble de 2026, l’équipe de l’Analyse de marché anticipe maintenant une baisse d’environ 6 % des ventes résidentielles au Québec et une hausse d’environ 5 % du prix médian des unifamiliales.

Ce scénario ne repose pas sur un retournement du marché, mais sur une poursuite du rééquilibrage. L’emploi, l’abordabilité, les renouvellements hypothécaires et la démographie devraient continuer d’inciter les ménages à la prudence. En parallèle, la remontée de l’offre devrait contribuer à ralentir davantage la croissance des prix, surtout dans le segment de la copropriété.

En résumé, 2026 s’annonce comme une année de transition : moins de fébrilité, plus de choix et des conditions de marché qui deviennent graduellement plus prévisibles.

Le 2e trimestre : ce qu’il faut retenir

  • Les ventes reculent de 5 %, mais demeurent légèrement au-dessus de leur moyenne des dix dernières années.
  • L’offre augmente fortement, avec 41 466 propriétés en vigueur, soit 14 % de plus qu’un an auparavant.
  • Les prix continuent de progresser, mais à un rythme plus modéré.
  • La copropriété se rééquilibre plus rapidement que l’unifamiliale.
  • Les délais de vente demeurent courts, signe d’un marché encore actif.
  • Les écarts régionaux sont importants : Québec et Trois-Rivières résistent mieux, tandis que Montréal, Gatineau et Sherbrooke se rééquilibrent plus rapidement.
  • Les prévisions 2026 pointent vers une baisse des ventes, mais pas vers une correction marquée.

Pourquoi bien s’entourer reste essentiel

Dans un marché plus nuancé, l’information locale devient déterminante. Les tendances provinciales donnent un cadre utile, mais elles ne remplacent pas une lecture précise du quartier, du type de propriété et du niveau de concurrence sur le terrain.

Pour les acheteurs comme pour les vendeurs, l’accompagnement d’un courtier immobilier demeure donc un atout important. Il permet de mieux interpréter les statistiques, d’ajuster sa stratégie et de prendre des décisions éclairées dans un marché qui retrouve progressivement son équilibre.

Article écrit en collaboration avec :


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