4 août 2026

Ventes sans garantie légale : portrait d'un phénomène en évolution

Longtemps associée à des situations particulières comme les successions ou les reprises de finance, la vente sans garantie légale occupe aujourd’hui une place beaucoup plus importante dans le marché immobilier résidentiel québécois. Au cours des quinze dernières années, sa présence s’est accrue de façon marquée.

Les données du marché permettent de mieux comprendre l’ampleur du phénomène, mais aussi les facteurs qui expliquent sa progression. Elles révèlent surtout que l’exclusion de la garantie légale n’est plus une exception réservée à quelques cas particuliers : elle est désormais intimement liée aux conditions du marché, aux enjeux d’abordabilité et aux transformations démographiques observées à travers le Québec.

Un phénomène qui a pris une ampleur considérable

L’évolution est frappante. Alors qu’en 2011 seulement 12 % des transactions résidentielles étaient conclues sans garantie légale, cette proportion atteint 44 % en 2026. Autrement dit, près d’une transaction sur deux se réalise désormais avec une exclusion de la garantie légale de qualité.

Cette croissance s’est particulièrement accélérée entre 2020 et 2022. Alors que les conditions de marché étaient exceptionnellement favorables aux vendeurs, la proportion de ventes sans garantie légale a progressé rapidement. La pandémie a provoqué une forte hausse de la demande résidentielle, entraînant une augmentation des prix, une multiplication des situations de surenchère et une baisse importante des délais de vente. Dans ce contexte, plusieurs acheteurs étaient prêts à faire davantage de compromis afin d’obtenir une propriété.

Parallèlement, les vendeurs ont été nombreux à percevoir l’exclusion de la garantie légale comme une façon de réduire leur exposition à d’éventuels recours futurs. Rappelons qu’un recours pour vice caché peut être entrepris plusieurs années après la transaction, une perspective que plusieurs propriétaires préfèrent éviter lorsqu’ils décident de vendre leur résidence.

Une pratique qui ne se limite plus aux propriétés problématiques

L’une des idées reçues les plus répandues consiste à croire qu’une propriété vendue sans garantie légale présente nécessairement des défauts importants ou un état de détérioration avancé. Or, les données tendent à démontrer le contraire.

Bien sûr, certaines situations particulières continuent d’exister. Les successions, les reprises de finance ou les immeubles dont le vendeur connaît peu l’historique peuvent toujours justifier une exclusion de la garantie légale. Toutefois, ces cas n’expliquent plus à eux seuls l’importance du phénomène.

Aujourd’hui, plusieurs vendeurs choisissent cette option simplement pour limiter leur risque juridique futur. Il peut s’agir de propriétaires âgés, de vendeurs qui ont eux-mêmes acheté la propriété sans garantie légale ou encore de personnes qui souhaitent tourner la page rapidement après une transaction. La décision n’est donc pas nécessairement liée à l’état de l’immeuble.

L’évolution des prix vient d’ailleurs appuyer cette conclusion. Les propriétés vendues sans garantie légale ont connu une croissance de valeur particulièrement importante au cours des dernières années, au point de réduire progressivement l’écart de prix qui les séparait des propriétés vendues avec garantie légale. Cela démontre que ces immeubles ne sont plus perçus comme des biens de moindre qualité par les acheteurs.

L’abordabilité au cœur du phénomène

L’analyse des données suggère que l’un des principaux moteurs de la croissance des ventes sans garantie légale est l’enjeu de l’abordabilité.

Depuis plusieurs années, les ménages québécois font face à une hausse importante des prix résidentiels. Pour de nombreux acheteurs, l’accès à la propriété est devenu plus difficile, particulièrement dans les grands centres urbains. Cette réalité les pousse à arbitrer entre différentes caractéristiques de la propriété recherchée.

La garantie légale devient alors un élément parmi plusieurs autres dans le processus décisionnel. Les acheteurs doivent souvent choisir entre conserver certaines protections ou accéder à une propriété qui correspond davantage à leur budget.

Les statistiques illustrent bien cette tendance. Les propriétés vendues sans garantie légale ne se vendent pas plus lentement que celles bénéficiant d’une garantie légale. Dans certains segments, elles sont même plus susceptibles d’être vendues en surenchère. Les acheteurs démontrent ainsi qu’ils accordent souvent davantage d’importance à la localisation, au prix ou aux caractéristiques physiques d’une propriété qu’à la présence ou non d’une garantie légale.

Cette dynamique est particulièrement visible dans les gammes de prix plus abordables. Plus les propriétés sont accessibles financièrement dans un secteur, plus la proportion de ventes sans garantie légale y est élevée. Dans les segments de marché plus coûteux, où la pression concurrentielle est généralement moins forte, la garantie légale demeure davantage présente.

Des différences importantes selon les régions

Le phénomène n’est toutefois pas uniforme à travers le Québec. Certaines régions enregistrent des proportions beaucoup plus élevées de ventes sans garantie légale que d’autres.

De manière générale, les grands centres urbains comme Montréal, Québec ou Gatineau affichent une présence relativement plus importante de la garantie légale. À l’opposé, plusieurs régions périphériques présentent des taux nettement plus élevés de transactions sans garantie.

Deux facteurs permettent d’expliquer une bonne partie de ces écarts.

Le premier est le vieillissement de la population. Les régions où la proportion de personnes âgées est plus importante tendent à afficher davantage de ventes sans garantie légale. Pour plusieurs vendeurs plus âgés, l’idée d’être exposés à un éventuel recours plusieurs années après la transaction constitue un risque qu’ils préfèrent éviter.

Le second facteur est lié au parc immobilier lui-même. Les régions où les maisons sont plus anciennes présentent généralement une plus forte proportion de ventes sans garantie légale. Plus une propriété est âgée, plus l’incertitude entourant son état peut être importante. Certains vendeurs préfèrent alors exclure la garantie légale plutôt que d’assumer le risque associé à d’éventuels défauts qui pourraient être découverts ultérieurement.

Les propriétés plus vieilles, ayant généralement fait l’objet de plusieurs transactions, sont aussi plus susceptibles d’avoir déjà connu une rupture de la garantie. Cette pratique crée un effet d’entraînement : lorsqu’une propriété est vendue sans garantie légale, les nouveaux propriétaires sont enclins à maintenir cette exclusion lors d’une revente ultérieure afin de limiter leur propre exposition aux risques.

Une tendance appelée à se maintenir

Plusieurs éléments indiquent que la croissance de la vente sans garantie légale pourrait se poursuivre dans les prochaines années.

D’abord, les défis liés à l’abordabilité demeurent présents dans plusieurs marchés du Québec. Tant que l’accès à la propriété continuera de représenter un défi important pour les ménages, plusieurs acheteurs seront portés à faire des compromis afin d’acquérir une propriété.

Comme mentionné précédemment, plusieurs facteurs favorisent déjà le recours à la vente sans garantie légale: le vieillissement de la population, le vieillissement du parc immobilier et l'effet d'entraînement des reventes successives sans garantie légale. Or, ces facteurs étant de nature structurelle, ils devraient continuer d'influencer le marché au cours des prochaines années.

Un rôle de conseil plus important que jamais

La progression des ventes sans garantie légale transforme également le rôle du courtier immobilier. Dans un marché où cette pratique est de plus en plus répandue, le courtier accompagne autant le vendeur que l’acheteur dans l’évaluation des avantages, des risques et des compromis associés à cette décision.

Du côté du vendeur, il aide à déterminer si l’exclusion de la garantie légale est appropriée en fonction de sa situation et de ses objectifs. Du côté de l’acheteur, il veille à ce que les conséquences d’une telle exclusion soient bien comprises afin que la décision soit prise de manière éclairée.

Dans ce contexte, les rapports d’inspection prennent une importance accrue. Bien qu’ils ne remplacent pas la garantie légale, ils constituent un outil essentiel pour mieux documenter l’état de la propriété et réduire l’incertitude entourant la transaction. En recommandant des inspections adaptées et, lorsque nécessaire, des vérifications plus ciblées, le courtier contribue à renforcer la confiance des parties et à favoriser une prise de décision fondée sur l’information disponible. Plus la garantie légale devient un élément de négociation influencé par les conditions de marché, plus l’expertise et le rôle-conseil du courtier deviennent déterminants.

Un marché en adaptation

L’essor des ventes sans garantie légale témoigne avant tout de l’adaptation des participants du marché à un nouvel environnement économique et démographique. Les acheteurs composent avec des enjeux d’abordabilité persistants, tandis que les vendeurs cherchent davantage à limiter les risques associés à la transaction.

Cette transformation ne signifie pas que la garantie légale a perdu toute importance. Elle illustre plutôt que les arbitrages effectués sur le marché immobilier ont évolué. Pour les acheteurs comme pour les vendeurs, la compréhension des conséquences d’une exclusion de garantie demeure essentielle. Plus que jamais, les décisions doivent être prises à la lumière d’une information complète et d’une évaluation rigoureuse des risques propres à chaque transaction.

S'informer pour mieux décider

La croissance des ventes sans garantie légale reflète l'évolution du marché immobilier québécois plutôt qu'un recul de la qualité des propriétés. Dans ce contexte, comprendre les conséquences de ce choix est essentiel, autant pour les acheteurs que pour les vendeurs.

Plus que jamais, l'accompagnement d'un courtier immobilier fait toute la différence. Grâce à son expertise et à ses conseils, il aide les parties à bien évaluer les risques, à prendre des décisions éclairées et à réaliser leur transaction en toute confiance.

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